Madjid Becheikh, ancien doyen de la Faculté de droit d’Alger il est actuellement professeur à l’université de Sergy-Pontoise

Madjid Becheikh : «Les dirigeants du système politique algérien se sont enfermés sur eux-mêmes, ne communiquant qu’avec quelques clientèles, et devenant ainsi étrangers à de larges parties de leur propre peuple»

«Portant les tares de ses origines, le système politique algérien et ses dirigeants n’ont jamais su dégager les voies susceptibles de permettre la négociation avec les forces et les cultures riches et variées qu’ont produites l’histoire et le génie de notre peuple. Dominé par le Commandement militaire, le système politique algérien a réussi pendant plusieurs décennies à trouver en son sein les compromis qui lui ont permis de continuer à dominer la scène politique et même à la vassaliser. Mais le commandement militaire n’a jamais su dialoguer avec des forces nationales qui envisagent la réforme ou la sortie du système qu’il a établi. En attestent les soi-disant débats pour la Charte nationale, les prétendus dialogues ou les pseudo-conférences nationales qu’il a parfois lancés pour sortir des crises politiques diverses dans lesquelles il a plongé le pays depuis l’indépendance.

Du coup, les dirigeants du système politique algérien se sont enfermés sur eux-mêmes, ne communiquant qu’avec quelques clientèles, et devenant ainsi étrangers à de larges parties de leur propre peuple. Ainsi s’expliquent les cris des jeunes à l’adresse des gouvernants et de leur système : «Dégage !», «Arhal !», «Bara !».
Les manifestations de 1988 auraient pu constituer un avertissement salutaire quand, malgré l’absence d’organisation et de programme, elles ont démontré les faiblesses de l’administration, l’inconsistance du FLN et l’absence de représentativité des dirigeants. Les émeutes, les grèves et diverses étincelles montraient à qui voulait voir la vétusté du système. Le DRS lui-même, conçu comme «les yeux et l’aiguillon du système», jusque-là bras politico-militaire partout présent, se croit infaillible mais ne sait pourtant rien du peuple qu’il croit contrôler. Les purges diverses dont il est lui-même victime après les avoir impulsées contre les autres achèvent de bloquer le système politique.

Le 5e mandat en faveur d’un homme qui, au regard de tout citoyen algérien et de tout observateur ne peut plus assumer ses fonctions, apparaît dès lors, aux yeux de tous, comme la preuve irréfutable du blocage du système. Le blocage du système est d’autant plus avéré que le commandement militaire, cette fois, a été impuissant à trouver un autre candidat qui aurait pu permettre au système de se donner un sursis provisoire. Enfermé dans son monde, servi par des administrateurs soumis et entouré de ses clientèles dont les fortunes sont bâties à l’ombre du pouvoir, le commandement militaire ne semble disposer désormais ni d’une stratégie politique ni d’une voie pacifique pour sortir du blocage dans lequel, peu à peu, il s’est laissé enfermer.»

Madjid Becheikh, ancien doyen de la Faculté de droit d’Alger il est actuellement professeur à l’université de Sergy-Pontoise

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